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Muller 72 - Mot clé :: La guerre

 

Qu'en est-il pour Jacques Muller? Ses cahiers ont disparu, où sont-ils, ont-ils existé? Ce qui est sûr c'est que la guerre est là. Jacques y passe de l'enfance à l'adolescence. Une sensibilité en éveil confrontée à la vie. La découverte du monde qui s'ouvre sur une période trouble, sa mémoire en restera toujours imprégnée , en homme qui sait la détermination du passé, il l'interrogera souvent. C'est en partie un être révolté, d'une façon tout intérieure sans doute, à peine visible, qui se met à peindre.

La contradiction fait partie du monde. Elle a comme corollaire le choix. Jacques Muller dans ceux qu'il fait y met une grande conviction, et pour la peinture ceux qu'il fera seront presque empreints d'une responsabilité morale. Il ne peut se reconnaître dans une peinture qui nie la réalité, qu'il aperçoit pour lors comme une mystification. Une sorte de facilité, un jeu de cartes truqué.

Le personnage de l'homme errant ne doit pas être insensible à Jacques Muller, de façon détournée, il l'a souvent abordé. [M. Hujoel]

 

Et tant il est vrai que l’art est affaire religieuse, sa foi était-elle d’autant plus vive et vitale qu’elle lui avait été communiquée pendant la guerre par M. Sterling, un juif que les Muller avait caché, lui et sa famille, dans leur maison, à Bruxelles. C’est à partir de ce que lui montre et enseigne M. Sterling - au départ de cartes postales, que lui, Jacques peut aller chercher dehors, dans la rue - que la vie peut retrouver du sens et se dégager de l’horreur de la guerre.

Que le désir de peinture lui soit venu dans ces conditions-là, léguées par un homme que le pire de la folie humaine poursuivait et que ce désir ait pu faire barrage, écran à ce trou dans le sens que forait le réel de la guerre où se voyait plongée l’Europe, explique que Jacques Muller ait dû se tenir longtemps à l’écart de ses contemporains pour s’engager seul dans la voie que la peinture lui découvrait, celle que lui avait donnée, confiée M. Sterling, qui était celle de ces maîtres énormes que devinrent pour lui Rembrandt, Rubens et autre Cézanne ou Vélasquez.

Maîtres auxquels, le temps qu’il fut nécessaire, il resta fidèle, loyal. Et c’est bien à leur suite, dans leur écoute et dans la mise en pratique de leur enseignement, qu’il finit par sortir dans la rue pour y saisir la vie dans son mouvement, au point que la rue devienne la peinture même et la peinture la rue, maintenant qu’il pouvait s’éloigner des modèles dont la maîtrise lui était devenue acquise et dont il s’affranchissait. [V et JP. Muller]