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To the Street
Muller s’est toujours et avant tout attaché à la figure humaine, à l’homme. L’homme en peinture, c’est le corps qu’on voit de lui.
Ce corps dans les rues, il marche, il va, il court, il croise d’autres corps. Il a des regards, des mouvements, des gestes, des paroles, des vêtements, des nudités. Il s’immobilise, il attend sur les bancs, il est passion, il est souffrance. Passant offert au seul instant, à l’entraperçu, il est figure prise dans une chorégraphie, un espace, un univers. Microcosme pris dans un macrocosme, contemporain exact dans l’instant de voir, il s’insère dans l’histoire du monde dont le peintre établit le mythe. Il est anonyme.
C’est le corps de celui dont on ignore le nom. Le corps de celui qu’on ne connaît pas et qui ne vous connaît pas. Le corps étranger. Celui dont on ne sait rien d’autre que ce que l’on voit.
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To the street
Eau-forte sur zinc
1972 |
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To the Street - A la rue. C’est aussi l’homme déjeté, rejeté, à la rue, rebut, rébus. L’homme de rien. L’homme dans la seule pulsion de vie, de mort. L’homme qui passe. Celui qui circule. Qui est pris dans un réseau. Réseau du métro, des rues, le réseau de télécommunication aussi - elles sont curieusement nombreuses les cabines téléphoniques dans l’œuvre de Muller, au fronton de l’une d’entre elles, ce mot : « LIFE ».
« Circulez, circulez, y a rien à voir ». Y a rien à voir, telle est la ville, telle est la vie, telle la solitude de l’homme. Tel est le travail du peintre. Le regard du mateur est sans mémoire, englouti dans ce qu’il voit auquel il ne comprend rien.
Muller est un peintre à l’affût. A l’affût de l’âme de l’homme - de l’anima, de ce qui l’anime - qui n’a d’autre matière que celle du corps. C’est dans cette position d’être à l’affût qu’il est peintre. Quand il descend dans la rue, il traque. Mais les images qu’il capte et glisse sur ses carnets, il les ramènera chez lui où, au creux du doute de l’atelier, il en fera des peintures. Trouvera à écrire l’impossible mémoire dans la mémoire de la toile.
Aussi la rue se fait-elle pour lui festin douloureux qu’il croque hâtivement, fiévreusement, calmement, car on ne saurait saisir le mouvement de l’homme que dans la hâte la plus lente, la plus silencieuse, la plus retenue, conscient que l’on est de la perte qui s’opère dans ce moment de captation et de l’hommage qu’il y a lieu de lui rendre. Puisque c’est cette perte même qui au mieux rend, rend compte, de la vie de l’homme.
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